13 avril 2008

''La pratique sarkozyste du pouvoir a déstabilisé la quasi-totalité des contre-pouvoirs''. Arnaud Montebourg Chat Web Le Monde

ap : Monsieur Montebourg, en tant que leader du courant "Rénover Maintenant", allez-vous briguer le mandat de premier secrétaire ? Si non, soutiendrez-vous, comme vous l’avez fait lors des primaires, la candidature de Ségolène Royal ?

Arnaud Montebourg : Le problème du Parti socialiste, ce n’est pas d’avoir, quelques mois après sa défaite, un candidat pour dans quatre ans aux échéances présidentielles de 2012.

Le problème du PS, c’est d’accomplir deux choses : à la fois solder les désaccords du passé et construire un projet que les Français attendent, et c’est évoluer de façon à se mettre à jour avec les évolutions profondes de la société. Toutes les enquêtes d’opinion démontrent que les Français attendent du PS non pas un candidat, mais un projet.

Voilà pourquoi, malgré l’affection et l’amitié que je porte à Ségolène Royal, je lui ai indiqué que je jugeais dangereux, pour elle-même et pour nous tous et pour le PS, qu’elle se lance dans une opération de présidentialisation du parti. Je juge d’ailleurs tout aussi néfaste l’opération à laquelle se prépare Bertrand Delanoë.

En ce qui me concerne, et avec nos amis rénovateurs, fidèles à l’esprit dans lequel nous cherchons à transformer le parti depuis 2002, nous pensons que la priorité est 1) de se rassembler en soldant les vieilles querelles, et 2) de muter par une évolution des orientations politiques du parti.

J’ajouterai que l’objectif stratégique pour le PS est de se transformer en parti de toute la gauche, pour rattraper notre retard sur l’UMP, qui a su rassembler toutes les droites.

Jul_1 : Convoiteriez-vous le poste de 1er secrétaire du PS ?

Arnaud Montebourg : En ce qui me concerne, je n’ai pas l’intention d’ajouter au ridicule de l’apparition d’un candidat par semaine au PS. Je préfèrerais soutenir un autre candidat qui serait en mesure de rassembler toutes les forces du parti, éviter l’affrontement destructeur des écuries présidentielles de Ségolène et de Bertrand, et préparer cette mutation pour laquelle mes amis et moi sommes disponibles.

françois : Qui au PS possède le meilleur profil ?

Arnaud Montebourg : Pour ma part, et avec mes amis, après en avoir délibéré, dans ce projet de reconstruction du parti, je considère que Pierre Moscovici est celui le plus à même de réaliser ces tâches difficiles. Il a à la fois l’expérience et en même temps porte une partie du renouvellement politique du parti. Il a le soutien d’un grand nombre de forces différentes et il a démontré ses qualités à la fois de chef et de diplomate pour faire preuve d’autorité et de conciliation.

lil : Que faîtes-vous avec la bande des "reconstructeurs", les fabuisiens, strauss-kahniens, aubristes, etc. ... ?

Arnaud Montebourg : Je considère que le Parti socialiste qui entretiendra ses anciennes querelles (1re, 2e gauche, Jospin contre Fabius, le oui contre le non au référendum, les pro- et les anti-Ségolène) est un parti qui a décidé de rester en miettes.

Les reconstructeurs partent de l’idée qu’il faut bazarder les anciens courants, les vieilles chapelles, les boutiques en tout genre, pour construire ensemble un nouveau parti. C’est donc la fin, au contraire, d’une bande et la construction d’une perspective nouvelle. Tout le monde y est invité.

chatel : On ne vous entend malheureusement plus parler de VIe république. Avez-vous renoncé à faire avancer cette idée au sein du PS ?

Arnaud Montebourg : J’avais conclu l’accord politique à l’élection présidentielle avec Ségolène Royal pour nous permettre de faire avancer ce grand projet de VIe République, ce qu’elle fit, et je l’en remercie infiniment.

Les dérives sarkozystes dans la pratique du pouvoir, le projet actuel de réforme des institutions porté par le pouvoir, qui pour l’instant ne constitue qu’un ravalement de façade, placent au cœur des problèmes que pose à la démocratie française le projet de VIe République.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le groupe socialiste vient de me confier la responsabilité du texte de la réforme des institutions proposée par le gouvernement Fillon, car en considération de l’esprit exigeant du projet de VIe République que j’ai porté pendant de longues années, à mes yeux un peu trop seul au début, et aujourd’hui soutenu par de nombreuses forces de gauche. Vous voyez donc que je n’ai en rien renoncé à ce grand et magnifique projet.

lil : Que pensez-vous de la demande de déclaration du Président de la République devant le parlement ?

Arnaud Montebourg : Aborder ce grand dossier par cette question anecdotique n’est pas sérieux. Les socialistes doivent avoir en tête trois règles de comportement : d’abord, leur unité. Pour pouvoir peser sur le cours du destin de ce projet, il faudra qu’ils soient unis et qu’ils agissent ensemble sur des positions communes. Cela veut dire que les députés comme les sénateurs socialistes, comme le PS, doivent piloter ensemble leurs prises de position dans cette affaire.

Deuxième règle : ils doivent faire preuve d’ambition et défendre la vision d’une République nouvelle. Tout ce qui, dans le projet, nous en éloigne doit être proscrit. Tout ce qui nous en rapproche doit être examiné avec bienveillance.

Troisième chose : ils doivent faire preuve de responsabilité. Car la pratique sarkozyste du pouvoir a déstabilisé la quasi-totalité des contre-pouvoirs, et pose de graves problèmes démocratiques au pays : abaissement du Parlement, caporalisation de la justice, contrôle politique des médias, maîtrise par le pouvoir des organes de régulation démocratique (Conseil constitutionnel, CSA, CNIL, etc.).

Il est donc nécessaire de saisir à quel point nous sommes en situation d’urgence républicaine, c’est-à-dire que nous avons besoin de dire au pays qu’il n’est pas possible de laisser le système politique actuel en l’état.

Voilà pourquoi les socialistes doivent s’employer à défendre leurs idées et obtenir dans ce projet des victoires.

Dans ce cadre-là, la venue du Président de la République devant le Parlement est une augmentation de ses pouvoirs, au détriment de ceux du premier ministre qui, lui, répond de ses actes devant le Parlement. Et il est en l’état proscrit par rapport aux principes que je viens d’énoncer.

Arnaud : Vous venez de vous faire élire à la présidence du conseil général de votre département en plus de votre mandat de député. Ne pensez-vous pas, en agissant ainsi, avoir discrédité votre combat contre le cumul des mandats, pour la suppression des départements et en faveur d’une VIe république ?

Arnaud Montebourg : On peut être croyant sans être pratiquant. Il y a eu dans les nombreux dirigeants de la Convention pour la VIe République des personnes qui ne mettaient pas toujours en accord les idées que nous défendions avec leurs pratiques. D’ailleurs, le système est si puissant qu’il est en mesure d’éjecter tous ceux qui ne se conforment pas un tant soit peu à ses règles.

Je compare ma situation à cet homme politique anglais qui rêverait que ses concitoyens conduisent tous à droite alors qu’aujourd’hui, les Anglais conduisent à gauche, et qui déciderait seul, ce que j’ai fait pendant dix ans, de conduire à droite. Dans quel état serait sa voiture ?

Enfin, une considération un peu plus personnelle : je me suis battu pendant dix ans à la tribune, dans les congrès, par des motions, dans des articles, en écrivant des livres. Mes succès ont été relatifs.

J’ai décidé de passer à la réalisation concrète et de mettre en pratique dans mon petit bout de France à moi, qui s’appelle la Saône-et-Loire, les idées que je défends sur le papier depuis toutes ces années.

Observez donc ce qui se passe et ce qui se passera en Saône-et-Loire, et vous verrez que la crédibilité des idées que je défends n’en sera que renforcée, fût-ce au prix d’une infraction à mes principes.

Par ailleurs, je considère qu’un dirigeant politique âgé de 45 ans comme moi doit faire l’apprentissage du pouvoir, pour se préparer aux alternances que nous souhaitons pour 2012.

jack01 : Quelle est votre position face à la question Tibétaine ? Pour ou contre le boycott des JO à Pékin ?

Arnaud Montebourg : Je suis favorable à aller le plus loin possible dans la pression sur les Chinois, car ils ne posent pas seulement un problème aux Tibétains, ils posent de très nombreux problèmes au monde sur de nombreux terrains. Dumping environnemental en refusant de participer au concert mondial de la lutte contre la crise climatique ; dumping social interdisant aux salariés de se syndiquer, de manifester, de voter pour défendre leurs droits sociaux, et utilisant l’esclavage comme moyen de prendre des parts de marché ; les problèmes des droits de l’homme doivent être rattachés aux déséquilibres de la mondialisation.

Voilà pourquoi, lorsqu’en 2001 les Chinois ont obtenu de la communauté internationale les JO, ils avaient pris un engagement moral de faire évoluer les droits dans leur pays, ce qu’ils n’ont pas fait. Je suis favorable à l’augmentation de la pression diplomatique, qui doit pouvoir aller jusqu’au boycott par les responsables politiques.

françois : que pensez-vous de la loi OGM adoptée de justesse hier ?

Arnaud Montebourg : Pour avoir participé comme n° 2 du groupe socialiste aux séances pendant ces longues nuits difficiles, je crois que la leçon que nous pouvons en tirer est que le Grenelle de l’environnement vient d’être englouti.

La droite vient de faire voter une loi libéralisant les cultures OGM dans notre pays. Tous les actes de résistance, y compris de Nathalie Kosciusko-Morizet, ont été âprement combattus et avec succès. Cette loi va déstabiliser tout notre système d’appellation d’origine contrôlée, de signes de qualité pour notre agriculture.

C’est la fin d’un modèle économique alternatif, d’une agriculture de qualité, précipitant la France dans la compétition mondiale productiviste à coup de biotechnologies. Nous le paierons très cher, comme Mme Kosciusko-Morizet vient de le payer cher en se plaçant sur un siège éjectable.

CIGALOU : Que pensez-vous des dernières décisions prises relatives à la fonction publique ? Y a-t-il trop de fonctionnaires ?

Arnaud Montebourg : La stratégie gouvernementale consistant au mois d’août dernier à jeter par la fenêtre 15 milliards d’euros en distribuant aux classes supérieures des cadeaux injustes socialement et inefficaces économiquement, pour constater trois mois plus tard que l’Etat est en faillite (propos de M. Fillon), ou deux mois plus tard encore que les caisses sont vides (propos de M. Sarkozy), pour ensuite envoyer la facture aux classes moyennes et aux classes populaires, ainsi qu’aux territoires les plus fragiles dans lesquels nous nous faisons déshabiller de tous nos services publics les uns après les autres, ne passe pas dans le pays.

nicolas_assas : Que pensez-vous du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN ?

Arnaud Montebourg : Nicolas Sarkozy, par ses voyages répétés aux Etats-Unis, frayant avec l’administration Bush, entrée depuis de nombreuses années en croisade contre ce qu’ils appellent "l’axe du mal", cherche à nous intégrer au bloc anglo-saxon.

C’est une stratégie dangereuse pour la France, qui n’a pas les mêmes intérêts que nos amis américains, qui n’a pas les mêmes objectifs géopolitiques que les faucons les plus durs de l’administration américaine, et qui, malgré l’amitié que nous portons au peuple américain, nous conduit à nous voir porter une partie des buts de guerre de l’administration Bush.

Tous les Européens qui se sont lancés dans cette aventure - M. Blair, M. Aznar, M. Berlusconi - ont été lourdement désavoués par leur peuple. C’est ce qui attend M. Sarkozy.

hermannhesse : Que pensez-vous de la suppression de la publicité sur les chaines publiques ?

Arnaud Montebourg : C’est une mesure en apparence intelligente, mais qui, n’étant pas financée, conduit directement à la privatisation de l’une des grandes chaînes du service public. C’est un double cadeau : à TF1, qui va pouvoir augmenter ses profits au moment où ceux-ci commencent à diminuer ; et c’est un cadeau à Vincent Bolloré, qui se prépare à acquérir une chaîne de télévision dont il rêve depuis longtemps grâce à son ami Nicolas Sarkozy.

Javed_de_Bruxelles : Et puis dites moi Monsieur Montebourg, quel est votre plus grand défaut ?

Arnaud Montebourg : Moi-même.

antoum : Avez des ambitions quant au poste de Président de la République ?

Arnaud Montebourg : Je ne suis candidat à rien. Vous me permettrez d’agir dans le sens d’un appel commun à la modération sur la multiplication des candidatures hors saison.

Constance Baudry et Jean-Michel Normand

10 avril 2008

Source : Chats sur le site web du "Monde"

Disponible en ligne à l'adresse http://www.renover-maintenant.org/article.php3?id_article=990

Pour mémoire :

Arnaud_montebourg___Bastien_Fran_ois   

Mis_res_de_la_Ve_R_publique___Bastien_Fran_ois

Pouquoi_et_comment_une_VIe_R_publique___Pour_en_finir_avec_la_crise_de_r_gime

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